Spécialement pour vous à l'occasion de Noël

BABA Noël

Texte de Hélène Montarde

©Tous droits Réservés

Adapté de la légende de saint Nicolas

 

Il était une fois, dans un pays lointain, un pays de montagnes et de mers, de steppes et de déserts, de plateaux et de ciel, de plaines et de lacs, il était une fois donc, dans ce pays-là, une petite ville qui s'appelait Myra.

Allez savoir pourquoi les hommes avaient eu un jour l'idée de s'installer là. Peut-être à cause de ce parfum de sel et d'éternité qui venait de la mer ; ou alors pour cette drôle de falaise qui dressait ses roches ocre vers le ciel bleu ; ou encore pour la plaine, verdoyante, ombragée, et qui cachait une rivière en son cœur. Ou peut-être pour la douceur du climat, la beauté des printemps, la splendeur des étés. Toujours est-il qu'un jour des hommes étaient arrivés des lointaines montagnes d'Asie Mineure et avaient posé là leur bagage. Ils avaient dû lever le nez vers la falaise, boire au ruisseau et respirer l'odeur marine avant de décider que nul autre endroit ne conviendrait, aussi bien que celui-ci, à l'établissement d'une nation.

C'est ainsi que Myra était née, dans le souffle d'un matin de printemps.

Cela devait bien faire mille ans que les hommes vivaient là, lorsque naquit dans la ville un enfant, un garçon, que l'on prénomma Nicolas. Ses parents étaient riches, très riches. Et Nicolas grandit dans le bonheur et la douceur, au pied de la falaise, avec pour compagnons le murmure de la rivière et l'amour de ses proches. Il devint donc un adulte fort sage et réfléchi, et surtout, toujours prêt à faire le bien autour de lui.

Hélas! Un jour, ses parents moururent. Nicolas les pleura, et faillit bien, à son tour, périr de chagrin. Mais le parfum de la mer était là, comme la chanson de la rivière et l'ocre de la falaise, et Nicolas reprit goût à la vie, doucement... pour se rendre compte qu'il était à présent le maître d'une énorme fortune. Une fortune comme il n'y en avait pas d'autre dans le pays, une fortune qui avait, de surcroît, la considération de tous les concitoyens de Nicolas, car elle était auréolée d'un grand prestige: elle avait été bien acquise. Et à l'époque, c'était chose rare. Mais là, point de doute, les parents de Nicolas, et avant eux ses grand parents et les grands-parents de ceux-ci, avaient travaillé d'arrache-pied, pour accumuler petit à petit un véritable trésor de pièces d'or qu'ils léguèrent intact à leur unique descendant. Il faut vous dire que la plupart des habitants de Myra n'étaient pas misérables. Pas riches non plus, d'ailleurs. Disons, entre les deux. Ils cultivaient des légumes dans la plaine, et s'en allaient parfois jusqu'à la mer lointaine pour pêcher le poisson. Ils avaient de quoi manger, de quoi se bâtir une maison et aussi de quoi payer leurs impôts et construire une église. Certains avaient plus d'argent que d'autres, mais nul n'était vraiment misérable. Sauf peut-être le vieux Basile. On disait toujours le vieux parce qu'il se tenait voûté et surtout parce qu'il avait eu ses enfants sur le tard, alors que lui-même n'y croyait plus vraiment. Sa  femme était morte peu après. Il s'était retrouvé seul avec trois fillettes. L'aînée se nommait Marie, la seconde Anne et la troisième Sabine. Il avait dû travailler dur pour les élever, se louer chaque été sur les bateaux de pêche tandis que l'aînée restait à la maison à prendre soin des cadettes. À présent, il était vraiment trop  vieux pour partir ainsi. Il ne lui restait que la force de cultiver son petit terrain pour y faire venir quelques légumes. Les filles, quant à elles, se louaient comme servantes. On les voyait rarement sourire et rire encore moins. En effet, leur père ne possédait pas la moindre pièce d'or. Et sans or, pas de dot. Sans dot, pas de mari. Sans mari, point d'avenir. Et lorsque les trois jeunes filles songeaient à l'avenir, elles frissonnaient: que pouvait être une vie, sans homme et sans amour?

C'est la question que se posait Marie tout en escaladant la falaise. Ses cheveux dénoués et les larmes l'aveuglaient. Elle grimpait pourtant agilement, sautant sur un rocher, puis sur un autre, s'accrochant à un arbuste, à quelques herbes, à une aspérité. Et sans cesse, les paroles de son père tournaient dans sa tête.

«Mon petit, lui avait-t-il dit, tu es l'aînée. Il faut te sacrifier pour tes sœurs. Tu vois, je suis à bout. Bientôt, je ne parviendrai même plus à vous nourrir. Que ferez-vous alors, sans pain, sans légumes, avec à peine un fichu pour cacher vos cheveux? Non, cela ne peut pas durer. Samedi, je te conduirai à la ville pour te vendre comme esclave. Tu es jeune et solide. Je tirerai un bon prix de toi. Avec l'argent, je pourrai établir tes sœurs.»

La voix de son père avait tremblé lorsqu'il avait ajouté en lui touchant le bras d'un geste maladroit : « Ne t'inquiète pas, mon tout petit. Je te choisirai un bon maître. Quelqu'un qui ne te frappera pas. Tu ne seras pas malheureuse. »

Marie s'était enfuie pour cacher son chagrin au cœur de la falaise. Mais que faire? C'est vrai qu'elle était l'aînée. C'est vrai que bientôt leur père ne pourrait plus les nourrir toutes. Il n'y avait  sans doute pas d'autre solution. Et à cette seule pensée, les larmes de Marie redoublaient, et elle n'avait qu'une idée, grimper, grimper toujours plus haut dans la falaise, dans l'espoir insensé d'échapper au monde des hommes.

Nicolas avait pris l'habitude de se promener sur la falaise. Il aimait la brise fraîche que l'on respirait du sommet. Il prenait plaisir aussi à deviner, là-bas, au bout de l'horizon, une mince ligne bleu argent qui se confondait avec le ciel et qui devait être la mer.

Ce jour-là pourtant, une chose l'intriguait. Il apercevait, au creux de la roche rouge, une tache jaune qui n'avait rien à faire là. Ce n'était pas un arbuste: pas de cette couleur. Ce n'était pas un animal: il se serait enfoui. Alors? Nicolas décida d'aller voir.

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