C'était
une jeune fille. En pleurs qui plus est.
Et ce jaune qui l'intriguait tant
n'était autre que celui de son foulard.
Il resta quelques instants indécis puis
dit, d'une voix incertaine :
Marie
releva la tête
-
Oh!
fit-elle
en voyant
Nicolas
penché sur elle, un sourire aux
lèvres
-
Qui
êtes-vous?
demanda Nicolas.
Et pourquoi pleurez-vous?
Marie
s'essuya les yeux en hâte et renifla
un grand coup. Elle avait soudain
honte de s'être laissée surprendre
ainsi. Après tout, ce monsieur si
richement vêtu était peut-être un
futur acheteur. À cette idée, elle
éclata de nouveau en sanglots.
Nicolas était bien embêté. Il
n'avait pas l'habitude des jeunes
filles, et encore moins des jeunes
filles en pleurs. Il prit la main de
Marie et la tapota doucement. Marie
se força à respirer un grand coup,
puis elle regarda Nicolas.
Le
vieux Basile, cela ne disait rien à
Nicolas. Il hocha cependant la tête
et dit:
-
Moi,
c'est
Nicolas.
-
Vous
êtes un monsieur,
souffla Marie.
Cela
se voit à vos habits.
-
Ce
n'est pas la question. pourquoi
pleurez-vous comme ça?
-
Parce
que... Parce que...
-
Ah
! Non !
s'exclama
Nicolas.
Vous n'allez pas recommencer !
Expliquez-moi plutôt les raisons de
votre chagrin.



Alors
en petits mots entrecoupés de longs
sanglots et de silences pathétiques,
Marie lui confia son histoire : son père
veuf, ses deux jeunes sœurs, le
potager, la dot, et surtout le marché
aux esclaves. Il n'y avait pas d'autre
solution bien sûr. Pour ses sœurs.
Nicolas était ému. Que dire? Que faire ?
Et ils descendirent
tous les deux la falaise; Nicolas tenant
la main de Marie et l'aidant dans les
passages difficiles, Marie un peu
rassurée par l'intérêt que lui portait
cet inconnu. Pourtant, elle n'avait nul
besoin de l'aide de Nicolas.
De retour à Myra,
Marie entraîna Nicolas dans un dédale de
ruelles qu'il ne connaissait pas, avant
de s'arrêter devant une vieille masure,
située tout au bord du village.
Nicolas considéra le
jardinet, la maison toute simple avec sa
porte de bois et son unique fenêtre, et
les quelques poules qui picoraient dans
la poussière du chemin.
Et il s'en alla en
toute hâte.



De retour dans sa
belle maison, il tourna et retourna
toute l'histoire dans sa tête. Que faire
pour aider cette malheureuse ! L'épouser
? Non, il n'avait guère envie de se
marier. D'ailleurs, il ne pouvait pas
épouser les trois sœurs.
Lui offrir de
l'argent? Elle refuserait, c'était
certain. Et tout le monde se
retrouverait dans une situation pénible.
Demander à un de ses serviteurs de
l'épouser? Non. L'amour, ça ne se
commande pas.
Alors? l'idée
germa enfin. Il eut un sourire
satisfait, prit une bourse, la garnit
abondamment de pièces d'or et attendit
la nuit dans la plus grande impatience.
À minuit, tout était désert dans Myras.
Nicolas se glissa dans les rues
silencieuses. Il s'éloigna des grandes
maisons, retrouva sans peine le quartier
populaire, se perdit un peu dans les
ruelles étroites, fit aboyer un chien,
s'immobilisa. Le chien se tut. Nicolas
repartit à pas de loup, erra encore
quelques instants et se retrouva devant
la maison qu'il cherchait. Il tendit
l'oreille: pas un bruit. Tout devait
dormir, même les poules.



Alors, il s'approcha de la lourde
porte en bois, poussa doucement, eut un soupir de soulagement: la
porte s'ouvrit. Chez les pauvres, il n'y a rien à voler: un quignon
de pain et quelques rêves, cela n'intéresse pas les bandits de grand
chemin.
Nicolas
pénétra dans la masure. Peu à peu, ses yeux s'habituèrent à
l'obscurité. Dans un coin, sur un grand lit, les trois jeunes filles
dormaient, leurs cheveux emmêlés. De la soupente, un ronflement
s'échappait: le père sans doute, qui laissait la seule pièce de la
maison à l'usage de ses enfants. Nicolas hésita quelques instants,
puis s'approcha de l'âtre. Sans bruit, il tira une grosse bourse de
son gilet, celle-là même qu'il avait préparée avec tant de soin
l'après-midi, et il la déposa sur la pierre. Puis après un dernier
regard vers les trois jeunes filles, il s'en alla en hâte.
Quelque temps plus tard, Nicolas
apprit par l'un de ses serviteurs à qui il avait demandé
discrètement de surveiller la maison du vieux Basile que Marie
venait de convoler en justes noces avec le fils d'un tailleur de
pierre, grâce à une bourse pleine d'or miraculeusement tombée du
ciel.
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