Miss Catastrophe
©Idée originale d'Anne Lecointre
©Texte adapté par Stéphanie Rhodes
Depuis quelques jours, Rafale, le petit âne gris, avait été mis dans
le pré des poneys avec Pâquerette et sa fille Nora; toutes les deux
aussi rousses que Rafale était gris.
Ils se retrouvèrent avec une joie immense. Plus besoin de hennir ou de braire très fort pour se faire signe de loin, quand on avait des secrets à se dire, des secrets d'escapade, bien sûr!
Des vaches avaient remplacé l'ânon dans le pré voisin où Rafale s'était si souvent senti seul.
Chaque semaine, le jardinier du château venait chercher l'ânon pour aller à la ville faire des courses. Au retour, Nora questionnait:
— Eh bien, Rafale, raconte! Comment est-ce la ville ?
— C'est grand et il y a des boutiques pleines de choses. Le marché est aussi très curieux. Mais ce que je connais le mieux, c'est la devanture du café où le jardinier boit son petit verre de vin blanc avec ses amis.
—
J'aimerais tellement voir la ville! Si tu le veux bien, la semaine
prochaine, je te retrouverai à la porte du café et nous irons la
visiter pendant que le jardinier sera occupé!
— Un seul ennui, Nora, comment sortiras-tu du pré puisque la porte
est verrouillée?
Laisse-moi réfléchir un moment. J'ai trouvé!
Regarde, tu
vois cet arbre avec ses longues branches souples, je prends appui et, dans un
large bond, je passe par-dessus le grillage. Voilà! Je suis de l'autre côté! Tu
n'auras qu'à faire comme moi!
— Génial, tu es génial! Merci
Rafale!
— Je le sais, Nora, je le sais!
Pâquerette, peu
favorable à de tels exercices, et craignant que sa fille n'imite
Rafale, s'approcha:
— Par sainte Cavale, ma patronne, que mijotent encore ces deux
larrons? Ils vont essayer de voler maintenant! Avec tout ce qu'ils
entendent, les jeunes deviennent très intrépides! Pourtant Rafale me
semble un âne bien élevé. Mais qu'est-ce qu'il lui prend de grimper
aux arbres pour sauter dans le champ voisin?
— Que faites-vous, tous
les deux? Si le fermier aperçoit Rafale dans le champ des vaches, il
ne sera sûrement pas content.
Mais les deux compères ne l'écoutaient pas.
— Dis donc, Rafale, continuait Nora, très intéressée, comment
va-t-on à la ville? chuchota-t-elle à l'oreille de l'ânon.
— En bas de ce
champ, il y a une rivière, tu la suivras jusqu'au champ du père
Mathieu; puis tu trouveras un petit pont que tu traverseras. Et tu
seras en ville! En suivant la rue principale, fais bien attention
car il y a beaucoup de voitures et des gens qui vont et viennent. Tu
tourneras à droite sur la grand-place. C'est là!
— J'ai compris, Rafale. Quand penses-tu retourner en ville?
— D'ici deux ou trois
jours. Le jardinier viendra me chercher.
Les deux complices reprirent leurs jeux dans le pré, l'un courant après l'autre, sous l'oeil attendri de Pâquerette qui pensait qu'elle s'était sûrement trompée et que les deux amis n'avaient aucune mauvaise intention! Puis Pâquerette retourna à ses occupations, rassurée.
Quelques jours plus
tard, le jardinier passa un licol à l'ânon et partit avec lui.
Aussitôt, Nora, à l'insu de sa mère, suivit les instructions reçues.
Elle choisit une branche solide et souple, s'en servit comme d'un
levier et d'un bond, franchit la clôture. Puis dans une gerbe d'eau,
elle se retrouva devant les deux vaches qui la regardaient avec
intérêt...
Elle avait atterri dans la baignoire qui servait
d'abreuvoir à ses voisines, éclaboussant les alentours!

Les deux vaches,
qui n'en croyaient pas leurs yeux, hochèrent la tête et firent de
longs « meuh! meuh! » de désapprobation. La chute avait été
rude. Nora, vexée, trempée, eut bien du mal à sortir de sa
baignoire. Ses sabots glissaient sur les parois. Une fois sur pied,
elle s'ébroua et prit le chemin de la ville au galop, sans se
retourner.
Sur la place du marché, près du café, Rafale, attaché à une corde, attendait son maître. Il fut bien content lorsqu'il aperçut Nora car il commençait à s'ennuyer ferme.
— Hello! Nora. Tout s'est-il bien passé?
— Un jeu d'enfant! Que de monde ici, et toutes ces carottes... ces salades... que de tentations pour les gourmands!
Subrepticement, Nora se saisit de la première botte de carottes qui dépassait, justement celle en bas de la pile qui s'écroula, ce qui mit en colère le marchand.