— Ça commence bien!
Nous allons avoir des ennuis, Nora, si tu voles à l'étalage.
— Oh! Ce n'était
qu'une toute petite botte de rien!
— J'ai envie de faire un petit
tour au marché, Rafale! Attends, je vais couper ta corde avec mes
dents.
Bientôt, les deux compères gambadaient avec insouciance parmi les étalages du marché.
—
Oh! Regarde, Rafale, ces pauvres oiseaux enfermés dans une cage, il
faut les délivrer!
— Tiens-toi
tranquille, Nora! Le marchand va appeler le garde-champêtre et nous
aurons des ennuis!
— Je ne veux pas voir
ça! Les oiseaux sont faits pour être libres, pour chanter dans la
campagne et dans les bois. Leur vie, c'est d'être dans la nature, de
voler tout là-haut dans le ciel. Attends un peu!

D'une ruade, Nora démolit la cage qui s'ouvrit sur une envolée
joyeuse. Un peu plus loin, des lapins furent pareillement remis en
liberté et détalèrent, affolés, sous le nez des villageois qui, pris
au dépourvu, ne réagirent même pas.
—
J'aime la liberté, dit Nora, et je ne peux supporter les cages et
les prés fermés. D'ailleurs, toi-même, n'as-tu pas faussé compagnie
au jardinier, dès que tu l'as pu!
Tout en parlant,
Rafale et Nora passèrent devant la boutique du fleuriste:
—
Oh! Regarde, Rafale! les jolies fleurs et ces couronnes!
— Ah! non! N'y
touche pas, Nora, cela n'est pas comestible!
— Je ne veux pas les
manger mais apporter un bouquet à maman.
Et, joignant le geste à la parole, Nora, voulant attraper une des couronnes, du même coup décrocha toutes les autres qui s'éparpillèrent sur la place, à la confusion générale. Bien entendu, les compères s'enfuirent au triple galop!
— Ça suffit pour aujourd'hui, Nora! Maintenant il faut rentrer. Je n'oserai plus jamais remettre les pieds dans ce marché que tu as dévasté en moins d'une demi-heure.
—
Non, je n'ai pas encore tout vu. Oh! est-ce que tu vois là-bas, à
côté de la boucherie, ce pauvre chien qui a l'air d'avoir si faim!
— Oui, mais que
pouvons-nous faire? Rien !
— Mais si. Moi, je
n'aime pas les boucheries, elles me font frissonner et me glacent de
la tête aux pieds.
—
Je ne vois pas où tu veux en venir?
— La boucherie, c'est là où il y a de la viande pour les gens!
— Oui, et alors ?
— Ils n'ont pas l'air d'en donner beaucoup à ce pauvre chien, vu sa
pauvre mine.
— Et que vas-tu faire ?
— Rentrer dans
la boutique, dire bonjour et, au moment où le boucher s'y attend le
moins, prendre des saucisses et un gros os pour ce chien ! Mais une
meilleure idée me vient...
Et
Nora, se retournant, envoya une formidable ruade dans la vitrine de
la boucherie, qui se brisa en mille morceaux.
— Tiens, pauvre
chien, tu vas pouvoir manger à ta faim!
— Filons, dit Rafale, sinon le boucher
comprendra vite qui a démoli sa vitrine et, alors, gare à nous!
Et les deux complices, dans un galop effréné, disparurent dans un nuage de poussière. Un peu plus loin, ils reprirent leur souffle; le petit âne n'était pas très content et dit à sa compagne:
—
Là, tu as un peu exagéré, Nora. Tu as mis le village sens dessus
dessous. D'abord tu as fait écrouler l'étalage du marchand de
quatre-saisons, puis libéré les oiseaux de M. Paul, ensuite tu as
semé le désordre dans le magasin de la fleuriste. Maintenant, tu
casses la vitrine du boucher. Tu es une miss catastrophe!
— Oh! Ne te fâche pas, Rafale, il faut bien
que je m'amuse un peu. Dans le pré, il n'y a pas beaucoup de
distractions. Et ce chien avait l'air si malheureux que je n'ai pu
m'empêcher de lui procurer un peu de nourriture. Mais je te promets
qu'à l'avenir, je me tiendrai tranquille ou, du moins, que
j'essaierai. Maintenant, il faut rentrer. Laissons le jardinier à
son café et retournons dans le pré ensemble.
— Tu es incorrigible, Nora! Non, nous ne
pouvons pas le laisser porter ses paquets tout seul. C'est un brave
homme qui nous aime bien. C'est important, tu sais. On va retourner
devant le café et l'attendre, il finira bien par sortir.
La Trogne
cramoisie, les jambes molles, le coeur en fête, le jardinier fit
bientôt son apparition...
— Mais, j'ai la berlue, dit-il, je
vois deux animaux! Je n'avais pourtant amené qu'un âne! Eh bien, je
vais les ramener tous les deux à la ferme. Allons, en route, mes
petits! Fin
Ils se mirent en route et le jardinier conduisit
l'âne et le poney dans le pré où Pâquerette commençait à
s'inquiéter.
— Vous voilà, enfin! Où étiez-vous passés?
—
Tiens, voici des fleurs pour toi, maman. On offre toujours des
fleurs à ceux qu'on aime! Tu sais ... on s'est bien amusés!
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