La Part des Anges ...

On dit le bocage, pays de légendes et de mystères,
Sans doute parce que l’imaginaire les y convie
Plus aisément sur cette terre tourmentée,
Aux contrastes naturels infinis.

C’était un village normand rempli de charme
Où Alfred de Musset y aurait écrit
« On ne badine pas avec l’amour »

Je me souviens de l’aurore craintive
D’un gentil chien nommé Buffalo
Du soleil chauffant de cette maison accueillante
Un genre de longère aux jolis colombages et toit en ardoises
Des cultivateurs éleveurs, dans cette basse Normandie.

Du gaulage à la main des pommiers,
Travail fatigant et très lent.
Les anciens nous apprenaient ….

« La goutte regarde petit, s’évaporer l’alcool des vieux fûts
En chêne, c’est la part des anges »

Elle volette dans l’éternelle brume éthylique
Passant au travers des plafonds des granges
Tapissés de toiles d’araignées recouvertes
De moisissures blanches, avant de regagner, la voie lactée
Les étoiles et le paradis, berceau des anges.

Je n’oublie pas l’alambic et son bouilleur de cru
Qui allumait le feu avec du bois de pommier
Tout le bruit dans l’assemblage des boursouflures de cuivre
Où dépassaient des tuyaux en serpentins,
Puis le fameux alcoomètre .

Je garderai le parfum de moût qui enveloppait la campagne
Alentour, et la phrase d’un vieux normand
« La goutte stimule la jeunesse, rajeunit les vieux
réchauffe les corps brisés de fatigue »
Pour un cultivateur normand un hectare de pommiers
Ce n’était pas un beau paysage ; mais 550 litres de calvados

© Auteur Celan : le 10.06.2006