Le café du canal ...

Aux portes de la Bourgogne
A Courlon le canal filait tout droit
Bordé de peupliers à la cime évasée
Dont les troncs jaunes de lichens
Se miraient dans l’eau immobile
Des touffes de gui serrées ponctuaient
Leurs ramures, en plein ciel

Vers cinq heures nous retournions voir
Ferrer les chevaux sous un appentis
L’air sentait la corne brûlée
L’Yonne était assez large avant le barrage tumultueux

Face à ce spectacle, un café restaurant
Qui somnolait l’hiver, un peu comme les marmottes
Mais dès les premiers beaux jours le café du canal
Affichait déjà les menus assez réputés
« ses cuisses de grenouilles » ses escargots
De Bourgogne, et la friture du jour aux crépis

Je me souviens du billard interdit aux enfants
Et du flipper où j’avais besoin d’un petit banc

Le patron s’appelait Peter, son cœur battait très fort
Quand une dame parisienne arrivait pour deux mois de vacances
Il aimait respirer l’odeur de sa chevelure, lui faire oublier
Son grand Paris et son air, déjà à l’époque, un peu confiné.
Il lui avait préparé une barque et là sur cette eau calme
Le corsage dégrafé, les angoisses de l’année s’échappaient.

Je me souviens très bien du grand potager où
Ils allaient voir les poiriers badigeonnés de chaux
Et derrière une petite pièce de vigne
Qui tordait ses sarments à ras de terre,
Où les vieux ceps paraissaient rhumatisants.

Et puis le soir devant un verre de grenadine
J’écoutais la mélodie du vent frisant la rivière
Assis face à la plage où les barques se frottaient les épaules
Profiter des lieux de la magie des écluses
Et le côté bon enfant des rencontres impromptues
Qui me font encore rêver.

© Auteur Celan : le 15.05.2006 : Histoire véridique