L’allée du château ...

Les tilleuls géants ont presque cent ans
Leur hauteur est de cinquante mètres
L’allée mesure plus de six cents mètres
Concept voulu par le Duc de Massat
Double allée oblige, pour le passage des chevaux
Les frondaisons fournissent de vert cette allée
Début avril avec beaucoup de magnificence
Bordant notre humble demeure à la lisière de l’Oise
La brume qui encotonne le paysage forestier
Nature figée par ce matin de janvier
Comme les images d’un papier glacé
Nous pensons à ces quatre arbres
Au cerisier du Japon en pleine floraison
La deuxième quinzaine d’avril
Au châtaignier qui vient d’être élagué
Au bouleau dominant le spectacle
Et le dernier arrivé un olivier
Pour ce jour habillé d’une protection
Nous croirions à un petit fantôme
Avec son voile d’hivernage
Occasion fournie de décrire cet horizon
Où la terre fertile promet un gazon.
Titanesque l’allée, elle cache l’été les champs de colza
La connaissant depuis plus de vingt-cinq ans
C’est toujours une image grandiose
Un petit morceau d’univers, le nôtre
Souvent brumeuse l’hiver, toujours éclaircie le midi,
Tombant dans l’obscurité profonde le soir
Pour devenir noire à l’infini au début de la nuit.
Le lendemain, plantureuse et démentielle
Elle sait décorer notre ciel.
Sans pour cela être orgueilleuse mais plutôt merveilleuse
Pourtant on l’appela cavalière !
Si vous mettez une oreille le long d’un seul arbre
L’arbre frissonne comme s’il passait encore les chevaux.

© Auteur Celan : le 14.01.2004