Grisou notre chat ...

C’était un jour d’automne, les feuilles s’entassaient laissant les couleurs traîner, l’air était suspendu en attendant de devenir brume où brouillard de la nuit.
Quand le temps devenait venteux, quand soudain en plein milieu du jardin deux petits yeux apparaissaient cachés par les ombres bien dessinés comme on adore particulièrement en fin de journée ce qui donnait un parfum de vie à cet automne avancé.

Je le voyais se pencher sur mes yeux analysant mon regard comme seuls les animaux savent le faire. Dans sa tête je devinais ces questions : « Comment tu t’appelles ? »
« Qui es-tu toi ? » « Pourrai-je venir te voir tous les jours ? »

Le lendemain à la même heure, j’écoutais les bruits que la nature nous livrait et que nous essayions de déchiffrer, les cris des premières oies sauvages, le piaillement des mésanges.
Je tendais l’oreille et j’entendis une voix féminine, trop forte, dépourvue de toute élégance hurler « Grisou…Grisou…Grisou ».

Quand on vient au monde, on ne choisit pas le lieu, par contre lorsque l’on est chat on choisi parfois son destin. Je devinais une enfance dévastée. Le troisième jour, des travaux s’effectuaient dans la maison, le chaton de six mois environ se frayait un passage entre le maçon, le plâtrier, le peintre et les gravats…

Toujours ce fameux petit chat qui venait dans mes jambes chercher un brin de je ne sais quoi, peut-être une touche de chaleur ou un soupçon de compréhension.
En me penchant encore une fois sur ses yeux j’ai deviné « je suis né au 56 mais je veux habiter au 106 » Étonné mais pas surpris le message était passé.

Et puis de jour en jour le 106 commençait à lui appartenir jusqu’au jour où à ma grande surprise, les gens du 56 déménagèrent en laissant ce pauvre petit chat à son destin qui tenait dans mes mains. Les rumeurs allaient bon train entre le 56 et le 106, nous entendions même dire « tiens, c’est le s.d.f. » Il ne faut jamais croire les rumeurs …surtout celles de gens parfois inhumains qui ne tendent jamais les mains.

Grisou n’avait même pas changé de trottoir il avait su se faire adopter au 106 et trouver un refuge pour passer toutes les nuits. A partir de ce jour-là, il est devenu l’ami de notre chat.
Souverain de notre jardin, parfois attachant il enrobe les instants présents d’insouciance et de poésie, avec ces attitudes de pacha. Pour moi, il restera le tigre de poche, à la robe blanche parsemée de gris, qui nous apporte beaucoup de joies et de bonheur.
Arrivé du cinquante six pour venir manger, boire et dormir pour notre bon plaisir le beau Grisou a su saisir sa chance dans un après-midi d’automne où beaucoup de gens commencent à s'investir de cauchemars dès les prémisses de l’hiver au beau milieu de la plaine de France.

© Auteur Celan : le 03.03.2005 (histoire véridique)