Léa et Victor ...

C’était en mille neuf cent vingt
Au bord des quais de Fécamp
Un grand voilier levait l’ancre à cinq heures
Victor, était mousse depuis deux ans

Amoureux de Léa depuis toujours
Le vent soufflait dans leur cœur
Elle avait noué autour de son cou
Une grande écharpe rose
Pour l’agiter dans le sillage turbulent
Ils étaient tous deux sans désespoir
Il adorait la forme ronde de sa bouche

C’était un jeune marin dans un ciel d’adolescent
Il tapait du poing en regardant l’azur
Le ciel était sombre et féroce ce jour-là
Le visage de Léa s’inscrivait dans la plus haute voile
Les jours de pleine lune son sourire n’était plus en deuil

Se quitter pour six mois en voilà une affaire
Criait le capitaine.
Mais le mousse ne l’entendait pas comme ça
Il devinait son amoureuse sur le seuil de leur maison
Située face à la mer premier témoin de tous départs

Il la devinait prier le soir à côté des photos
Lui par moment faisait de même tout près
Des hauts mats giflés par la voilure
Sorte de réserves à toutes formes de murmures

Elle comptait les jours en regardant la lune
Frémissante et noyée de pleurs
Le mousse vers minuit assis sur la proue
Criait dans le vent « je resterai toute la vie ton amant »
Puis dans un calme relatif, et à demi-mesure, songeait

Je t’aime Léa, je t’aime aussi grand que l’univers
Je t’aime quand nous faisons l’amour
Tu me laisses les souvenirs de ton corps tacheté d’ombres
Tu portes en toi les plus beaux matins du monde
Je dors dans mes songes entre tes cuisses douces comme de l’or
Et ton ventre très doux, chaud et fumant
Qui n’arrête pas de me demander un enfant
Que nous mettrons à l’abri des tourments
Et si tu le veux bien, nous l’appellerons Vincent.

© Auteur Celan : le 11.03.2006