La Fleuriste et la Rose ...

Que nous diraient les fleurs si nous leur demandions
Ce qu’au fond de leur cœur, à tort ou à raison,
Elles pensaient de nous ?
Sans jamais nous lasser de tenir en nos mains
Leur corps qui fut donné pour la joie des humains
Et en meubler leur vie !

Une rose m’a dit d’une voix irréelle
Pourquoi nous cueillez-vous, nous qui sommes si belles
Sur notre rosier fier !
Non seulement coupée, piquée de fil de fer
Montée, rivée, sur un moulage vert !

De plus, suprême outrage, vous nous mettez en boîte
Pour offrir en hommage à des précises dates
A l’objet de vos flammes !

Devant un tel courroux, je rougis… humiliée …
Oh ! Rose mon amie, ne sois pas en colère !
Que serait notre vie si tu n’étais sur terre
Pour charmer nos yeux !

La nature a voulu pour donner aux humains
Dans la joie, dans la peine…
Que tu sois en nos mains un symbole éphémère
Nos doigts en sont meurtris, il faut te travailler !
Et le sang a jailli des doigts hospitaliers
Qui prolongent ta vie !

Comptons-nous nos nuits blanches pour conduire avec art
Et sans que rien ne flanche notre travail floral
Confié par nos semblables
Je dois bien l’avouer, je ne suis rien sans toi,

Pourquoi nous bafouer, tu es bien peu sans moi !
Donc rayonnons ensemble !
C’est ainsi que finit cette conversation
Ayant enfin uni après cette audition
La Rose et la Fleuriste
Qui depuis ce jour-là, ne furent jamais tristes !

© Auteur Celan : le 27.07.2005