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En cinquante secondes ...
Dans la rue du Beffroi
Elle m’avait dit :
« fais-moi un texte en deux secondes,
rien que pour moi
Mais plutôt sur le monde.
Enfin des petits papiers comme tu sais
Dans tes poches se froisseraient,
Puis dans les miennes se retrouveraient
Comme des boulettes chiffonnées
De tout petits morceaux de papier d’écolier
Tu vois, ça commencerait par :
« Ah ! attends ! deux secondes
J’ai mon téléphone qui gronde…
Qu’est-ce que tu dis ? quelle catastrophe ? quoi en Asie ? »
Alors choqué, j’ai essayé en cinquante secondes.
S’il vous plaît mon Dieu, refaites un monde
Sans tremblements en tous genres
Sans souffle dévastateur
Sans déferlante remplie de stupeur
Dans le pays des vaches sacrées
Ravagé par un tsunami
Venu défigurer les petits paradis
Autour des hôtels d’Asie
Retourner les trains
Comme des galettes de pain
Transformer les hôtels
Comme aurait su décrire Marc-Aurel
Détruire les greniers à riz
Les transformant en ramassis
Écris-moi un mot
Sur le calme des flots
Avec une mer aux reflets argentés
Qui va me rassurer
Avec un arc en ciel grandiose
Pour soigner les ecchymoses
Avec des rêves comme avant
Des trains qui arrivent dans le vent
Au bord des plages du soleil levant
Avec la sagesse des hommes de là-bas
Et leurs voiturettes à bras
Des pêcheurs sur échasses
Sans aucune prétention et la classe.
Rendez vous ce soir ; on refera le monde
Pour éviter que la larme de l’Inde
Nous désappointe
En essayant de lutter
Pour ne pas pleurer.
© Auteur Celan : le 30.12.2004
                             
                             
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