LE SRI LANKA ...

Les aérofreins se baissent, le grondement des réacteurs change subitement de son. Notre paquebot volant est prêt à défiler sagement sur cette piste balisée de « Colombo Air port ».

La terre de la jacinthe et du rubis appelée aussi le pays sans tristesse, j’ajouterai apparente, sent bon. La chaleur moite glisse sur nos mines pâles de banlieusards cantiliens satisfaits d’être sur l’île des poètes. « Upali » notre chauffeur, attend devant l’aéroport, une banderole à notre nom flotte au-dessus de sa tête. L’étonnement complet, mais oui, le dépaysement commence, les porteurs, de petite taille, très souriants, heureux d’avoir quelques bagages à transporter dévisageant avec stupéfaction le zoum de notre Pentax en Bandoulière, venu mitrailler le pays de la mangue et de la pierre précieuse.
« S.V.P. Hôtel Tambapani au Mount Lavinia ».

La 504 très vieille d’une couleur bleue, reflétant les bananiers géants, commence à prendre une route bordée de végétation luxuriante et incroyable.
La terre d’un brun inhabituel nous offre des verts, des jaunes, des oranges, des couleurs dignes d’un automne français mais avec 38 degrés de chaleur.
Nous découvrons une forêt découpée comme par désir
d’un décor jaune digne de Donald Cordouel.

Deux minutes après, une voiturette au toit paillé entrelacée de baguettes d’osier disposées au gré d’une main habile, soutenues par deux arceaux reposant sur un plateau ajouré, d’un âge plus que vieux, rongé par un soleil puissant.
Le toit de fortune abrite un Ceylanais de 14 ans environ muni d’un mince bâton, tapotant les flancs osseux d’une vachette à bosse, aux cornes aiguës et reluisantes.
Le pas saccadé fait avancer le tout de ce chariot partant à la recherche du bois mort, deux chaînettes maintiennent deux morceaux de bois qui serviront de freins pour les arrêts dans les côtes ou au café du coin qui ne s’appellera pas le bougnat « d’Auteuil »
mais « Au roi de la coco nus ».

Un coup d’œil vite fait par obligation pour traverser « Colombo ».
Les taxis-triporteurs trottinent, doublent, peinent, soufflent suivant les clients, le stationnement au marché « Pettha » est impossible, la structure simplifiée des barnums du grand marché réduit à la plus simple expression, offrent des nattes où débordent des noix de coco royales, des ordinaires, des mangues
et des ananas découpés devant vous à une rapidité vertigineuse.

Ces vendeurs doués de la lame vous offrent un spectacle de dextérité inoubliable, ce qui change de nos marchands de gaufres ou de chichis ou même de marrons chauds.
La civilisation anglaise reste très marquée ; après avoir été colonisée 130 ans, « Ceylan » devenue depuis 1948 l’île merveilleuse « Sri-Lanka » reste une des plus belles îles du monde.

Quelques traces de cette civilisation, dans les premières heures, les constructions, la porte principale blanche, les arcades roses laissant grouiller de petits hommes cherchant leurs routes, fourmillement de toutes les couleurs.

D’autre part les autocars très anciens ne laissent apercevoir leur côté anglais que par le bas de leur carapace, le haut étant tellement recouvert de poussière.
Les Austins vieillottes de plus de 15 ans, aux peintures souvent rutilantes, mais aux pneus sans dessin, se mêlent à la circulation dans cette capitale
remplie de contrastes par son histoire.

Conduire au « Sri-Lanka » devient une gageure ; entre les cyclistes inconscients, les automobilistes doivent partager les routes avec les vaches libres, les vaches attelées, les buffles, les chèvres, les éléphants, sans parler des chiens, tous semblables avec souvent une patte en moins et pour cause.

La chaleur est tout juste supportable au bord de la mer et agréable dans les hauteurs de « Nuwara-Eliya » ; Il n’y a qu’à demander aux colons britanniques, « Nuwara-Eliya » a été leur emplacement préféré, d’ailleurs il restera de leur long séjour un joli « rest-housse »,
puis le plus beau champ de courses de l’île.

Vous savez qu’ici on peut dormir dans sa charrette avec l’attelage au beau milieu de la chaussée et pourquoi ? parce qu’ici une devise importante commande :
« Vivre et laissez vivre » si vous le pouvez.

Un magasin aux profilés d’aluminium, aux vitres teintées, sortait de ce paysage féerique, c’était la plus grande joaillerie de « Kandy » ; Devant ces glaces à l’européenne, les velléitaires jouissent de leurs fantasmes nous rentrons : Ici on parle Français, Allemand, Hollandais sans faute, de petits hommes au sarong en haillon travaillent au ras du sol les jambes croisées, ils sont tailleurs de pierres précieuses.

Les touristes enjambent cette situation un peu gênés, mais surtout afférés pour trouver leur bonheur. Alors vous trouverez ici toute la beauté du monde en rubis, diamants, bijoux de toutes sortes à des prix divisés par trois par rapport aux bijouteries européennes.
Les petits hommes armés d’un arc faisant office d’une vis sans fin retenue par deux fils entre cet arc, s’affèrent à couper, polir, ciseler, sertir, les rubis pourpres et vermillons.

Je me permettrai de préciser qu’il faut savoir qu’un homme à terre, travaillant dans des conditions très précaires gagnait entre 6 et 9 roupies et les rameurs de katamaran entre 2 et 4 roupies par jour. Quand on sait qu’une roupie vaut à ce jour environ quarante trois centimes de nos anciens francs, on comprend pourquoi j’ai précisé
« Vivre et laisser vivre » si vous le pouvez.
 

© Auteur Celan : le 13.10.02 (histoire véridique)