Je suis assis dans ma chaise
berçante devant cette grande fenêtre, à regarder tomber ces petits flocons tout
blancs que le vent doucement dépose ici et là sur la terre, puis soudain je me
surprends à prier, à prier ce Dieu que j’avais oublié depuis si longtemps.
Je me suis surpris à lui dire: Salut, Seigneur, ça fait longtemps que nous
n’avons pas jasé toi et moi; bien longtemps,
depuis le temps où tu as trouvé
des jobs à tous ceux que j’aimais.
Tu te souviens, Seigneur, un jour que j’étais enfant, tu m’as dit: petit, j’ai
une job pour ton père. J’étais un enfant, j’ai pleuré puis oublié et
j’ai
continué à t’aimer, c’est ce qu’on m’avait dit de faire.
Puis je suis devenus un ado, et là tu es venu et tu m’as dit: j’ai une job pour
ta mère. J’étais ado, un ado ça ne pleure pas, encore bien moins un ado homme.
(
Bien moi pour tout te dire, Seigneur j’ai pleuré ).
Puis, de temps à autre, tu venais me dire que tu avais une job, pour un ami,
puis une autre, une amie, un parent que j’aimais, mais moi , je continuais à
t’aimer,
c’est ce qu’on m’avait dit de faire.
Je me suis marié, tu étais là, tu te souviens. Puis plus tard, tu m’a prêté un
enfant, wow, là j’étais heureux et je t’aimais, tu te souviens.
Puis à dix sept ans, tu lui a prêté un fils à lui aussi.
Je t’ai dit: il n’est
pas trot tôt, Seigneur?
Tu m’as dit: non, tu vas l’aimer toi, ce petit.
Je n'ai pas compris pourquoi tu étais si pressé et pourquoi tu me disais cela.
Puis, un jour tu mas dit: j’ai une job pour ton fils;
je t’ai dit: bien correct, je sais que tu me l’as juste prêté.
Mais, Seigneur, je ne savais pas et tu ne m'as pas dit que c’était tout de suite la
job.
Il avait vingt ans, Seigneur, vingt ans et un enfant. Là, je n'ai pas compris,
pas vraiment compris et pour la première fois de ma vie, je n’ai pas fait ce
qu’on m’avait toujours dit de faire… je ne t’ai pas aimé, je ne t’ai plus parlé,
Seigneur,
plus jamais, ça fait quinze ans de cela, Seigneur.
Mais tu sais ce soir, c’est le 24 décembre, je suis là, à me bercer et à
regarder tomber la neige, puis à me dire que, au fond, j’ai toujours fait ce qu’
on m’avait dit de faire,
je t’ai toujours aimé un peu, Seigneur.
Coudons, Seigneur, en passant, vu que je suis tout seul et que c’est Noël ce
soir , vu que mon petit fils est devenu un homme et qu’il a une maman pour
veiller sur lui maintenant, vu que ma gang travaille presque toute pour toi,
dis donc, Seigneur, me faire un petit cadeau, ça ne te tenterait pas?
Tu pourrais
peut- être me trouver une job à moi aussi sil te plait.