Un matin, un matin comme tant d’autres, un de ces matins que l’on ne voit
pourtant qu’avec les yeux du cœur.
Ces matins où tout est si beau que l’on se dit que Dieu existe vraiment, et
qu’on se laisse prendre à lui dire merci pour toute cette beauté qui nous
entoure.
Ce matin là, je marchais sur le bord de l’eau, la rivière chantait, le vent de
sa douce musique l’accompagnait. Un oiseau qui sans doute connaissait la mélodie
la reprenait en cœur.
Le soleil levant mettait de l’or sur les petits nuages blanc qui flottaient dans
le bleu du ciel. Ce soleil qui semblait jeter un regard langoureux à son amie la
lune, comme pour lui dire: « Regarde comme je me suis fait beau ce matin pour toi,
mon amour ».
Là-bas au détour de la rivière, de sa grande chaloupe bleue, un pêcheur lançait sa
ligne, rêvant que c’était sans doute aujourd'hui qu’il attraperait le plus gros achigan de toute sa vie. Rêve de pêcheur? Plus loin un huard, se moquait
de lui plongeant et replongeant comme pour lui dire: c’est ici qu’il est ton
achigan.
Je sortis du sentier pour prendre le chemin qui mène au village. L’air sentait
bon l’été , des enfants jouaient à l’entrée du village. On entendait leurs rires
joyeux jusqu’au bout du chemin. Plus loin, un chien jappait, sans doute pour
souhaiter la bienvenue à un étranger qui passait par là.
Au détour du chemin ,derrière une barrière en perche, M. Duval, l’air songeur, écoutait pousser ses légumes:
des fèves grosses comme le pouce, des concombres
gros comme le poignet, des tomates de une à deux livres et sans doute les meilleurs
du compté. Un secret venant de sont père, nous disait-il.
Un peu plus loin, Mme Duval agenouillée parmi les cosmos, les anémones et les
rosiers, arrachait la mauvaise herbe en chantant une berceuse d’une voix remplie
de tendresse et d’amour. Une berceuse que sa mère lui chantait, disait-elle.
Deux maisons plus loin , Jean était assis à l’ombre sur sa galerie. On disait de lui
qu’il avait un handicap, il écossait un morceau de bois. P'tit Jean, disait-on, 6 pieds
3 pouces, 260 livres, doux comme un agneau et bon comme la vie. Toujours prêt à rendre
service, Jean prenait soin de sa vieille mère, il lui devait bien ça qu’il
disait, car c’était grâce à elle qu'il était devenu un homme.
J'ai toujours cru que son handicap était son cœur, un cœur beaucoup trop
grand .
Je saluais Jean de la main, j’étais heureux. Une odeur de foin et de rose
flottait dans l’air, la chaleur du soleil sur mon visage, le rire des enfants, le
chant des oiseaux , les draps blancs sur les cordes à linge qui flottaient au vent
comme de petits nuages. Je me suis mis à penser au pêcheur et à son achigan. Je
sifflais une chanson de Joe Dassin.
C'était un matin , un matin comme tant d’autres, un de ces matins que l’on ne
voit pourtant qu’avec les yeux du cœur.
Ces matins où tout est si beau que l’on se dit que Dieu existe vraiment et
qu’on se laisse prendre à lui dire merci pour toute cette beauté qui nous
entoure.